Vincent Dieutre sur webSYNradio du 10 au 24 sept

VINCENT DIEUTRE

Sakis, un tombeau

Montage sonore : Frédérique De Villez.
Remerciements : Institut Français de Thessalonique.

Entre prophétie grecque et requiem urbain, ce documentaire de Vincent Dieutre nous donne à entendre l’exploration mémorielle qu’il mène après la mort d’un des ses amis très cher, Sakis, dans une Thessalonique que la crise ne parvient pas à défigurer totalement.
Cette bande son est extraite d’une installation présentée la première fois en 2010 à Thessalonique.

«Tout a changé, évidemment. L’Europe entière bascule dans la crise, et ici en Grèce tout semble en sursis… Je retourne à Thessalonique, trente ans après. Aujourd’hui, je fais des films et l’on m’a invité à en montrer un à l’Olympion. J’ai reconnu l’endroit, la place Aristote… Trente ans après, je retrouve la ville où j’ai été aimé pour la première fois, aimé physiquement, charnellement. Moi, j’étais fou de Sakis… C’est lui qui m’avait choisi, élu, à Paris où il étudiait. À vingt ans, cela ne m’était jamais arrivé. L’été venu, de Paros je l’avais suivi jusqu’à Thessalonique. C’est là que Sakis était né, là où vivaient ses parents. Appartement immense, immeuble récent, il fallait être discrets, se cacher, apprendre à faire l’amour, en douce. C’était drôle, c’était merveilleux… Je ne me souviens plus très bien, ni de la ville, du quartier, ni de l’intérieur cossu et vieillot de sa famille… La mémoire vacille… Je me souviens des yeux : les yeux gris de Sakis qui m’avait choisi. Je longe la Paralia et observe du bateau Thessalonique en crise qui plonge dans la nuit. Aujourd’hui, en ville, tout me fait signe : les halls d’immeubles anonymes, certains visages, certains regards, des sons aussi. Chaque sensation convoque un souvenir concret ou rêvé, réinventé. Trente ans, c’est long, ce n’est rien. La mémoire flotte, disponible, menteuse. C’était l’été 1981, Mitterrand venait d’être élu en France et Sakis, le beau Sakis aux yeux gris m’aimait, enfin, me désirait. Où ? Dans quelle rue ? Cette entrée toute de marbre et de cuivre me dit quelque chose. Pénétrer un homme, être pénétré pour la première fois, ça compte, ça vous construit… C’était dans le salon, contre le mur… Puis dans la bibliothèque. Je vois des livres, en grec… Les parents dormaient. Quelque chose comme une promesse de bonheur incroyable, une bousculade de possibles. Dans les années 90, j’ai revu Sakis. Il voulait me parler. Nous avons parlé, à Paris. Mais je vivais alors avec Georg, et je n’ai pas compris. Je l’ai éconduit. J’aurais dû le prendre dans mes bras. Il est mort du Sida à Thessalonique, sans tous les soins nécessaires peut-être mais protégé par sa mère. Peut-être est-elle encore là, dans un de ces immeubles mais… Non, ça ne servirait à rien. Tout ce que je peux faire, c’est vous en parler. Élever à Sakis K. qui m’avait choisi, un tombeau de larmes, d’images et de sons.» (Vincent Dieutre)

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ECOUTER
Première écoute : à partir du jeudi 10 sept à 14h jusqu’au 24 sept 2015 même horaire.

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ELEMENTS

Vincent Dieutre , né en France en 1960, a fait des études de cinéma à l’IDHEC et a écrit une thèse sur l’esthétique de la confusion. Sa filmographie explore les territoires de l’autofiction documentaire. En 1989, il obtient une bourse de la Villa Médicis et travaille entre Rome et New York. Il enseigne l’esthétique du cinéma à l’Université de Paris VIII et la FEMIS. Ses films se nourrissent de la musique classique, la peinture baroque (surtout Caravage) et la vie privée (en particulier ce qui concerne la question de l’homosexualité), et ont reçu plusieurs récompenses dans le monde entier. Intéressé par la relation entre le cinéma et l’art contemporain, il écrit pour plusieurs magazines et il est un membre actif du collectif « Pointligneplan ». Il a une passion particulière pour l’Italie, où il a tourné Rome Désolée en 1995 et Bologna Centrale en 2003. En 2012, il réalise à Paris le film « Jaurès » qui révèle sous nos fenêtres la situation des migrants. Et en 2014, « Orlando ferito », à partir notamment de ses lectures et entretiens avec le philosophe Georges Didi Huberman.

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