20 notes « première écoute » du concours général radio (Festival Monophonic 2014 Bruxelles)

J’ai un trou dans le cœur et le vent souffle au travers
BECK grégor et NABULSI Layla
Thème : la pédophilie : sortie du registre témoignage/victime/pathos – Artificialité du traitement assumée : exercice de style ? – Pas assez / too much – D’où viennent les mots du réel ? Qui fabriquent les mots de la fiction ? Où est la césure, la prise en charge ? Travail d’acteur, un peu désincarné. Paroles de victimes « détournées » des dispositifs médiatiques habituels. Voix d’hommes, de femmes, voix d’enfants dans le brouillard. Là on est tout de suite dans la formalisation : problème, ça ne bégaye pas, et quand ça remonte, c’est propre. Très écrit, un peu maniéré (ritournelle). D’ailleurs l’image fournie est une page de texte (le corps du texte, négation du corps réel, le trou du titre ?). Voix blanche -> Voix neutre -> voix propre. « On ne peut pas être neutre, au moins soyons propre, donnons la distance ».

Va-t-on réussir à nous trouver au printemps…
BELLANGER Céline et DUNKELMAN Stefan
Pièce sur l’écoute. Documente un atelier sur le son depuis 2 ans. Prise en charge de l’auteur (une femme, Céline ?) qui explique le projet, situe le contexte. Le cœur vibrant, symphonie des assiettes. Lieu de mort, lieu de vie, lieu de pause. Hôpital de jour. « Lieu où on est vivant jusqu’au bout » (Lapalissade, pièce lisse). L’écoute : des patients -> accompagnants, des accompagnants, visiteurs -> des patients -> la vie dehors. La Maison -> écoute passive, écoute active. La maison elle même est productrice de sons (la vie). « Tu m’as donné la possibilité d’aller au bord de la mer sans bouger de chez moi ». Ramène moi le monde : « le bruit du vent dans les arbres, le bruit de la marche en automne, tout ce qui permet de voyager » -> et ici la pièce donne quelque chose de cet ordre. CF Laurent Chambert, Suspense. « Je m’appelle Agnès » -> séquence mixée. »Surtout pas un chien ». Les voix des participants avec quelques fragments sonores, « on laisse une trace », « les cadeaux sonores dans les chambres: qu’est ce que vous aimeriez entendre ? « . Mais cette pièce n’est pas en soi un cadeau sonore. « Vangelis, j’aime la nature, je suis dans le Carcassonais » : ces personnes sont aujourd’hui décédées, la pièce nous donne presque à entendre la voix des morts. « On n’est pas vraiment dans le soin, on est dans l’écoute, la tendresse ».

Chaotik jarden
BERNARD Hélène et CAZIN Priscille
Portrait d’un lieu, portrait d’une ville. Territoire, mesure, invention. Voie ferrée. Mixage. Intervieweur. Multiplicité des voix, des situations, des ambiances. Adultes, enfants, blancs, noirs. « Manger » = pas une utopie, une nécessité. Lieu multiple. Lieu de projection. Quel imaginaire se déploie à partir de ce lieu, quelles réalités s’y concentrent ? « Inventons une terre ». Je reste sur ma faim et en même temps je sature. Et s’il y avait plusieurs épisodes. J’aimerai un épisode de nuit, sans les trains. Promesse du synopsis, entendre les fruits qui poussent, cette promesse n’est pas tenue. Prochain épisode : le faire en nocturne, entre chien et loup. « Petits bourgeois qui se la jouent nature ». Conflit sous-jacent. Ce lieu d’utopie : lieu de pouvoir ? Qui gênent-ils à l’extérieur, quel conflit le jardin génère t-il à l’intérieur ? Ce n’est pas traité, mais par contre c’est laissé : honnêteté du tournage, et sincérité du montage. Mais pourquoi ce bruit de moteur avec effet : c’est un moment où on est censé décoller mais où ça s’écrase un peu (c’est le « sur-naturel » du synopsis ?) ? Le cultural, c’est la technique. Le repas, le partage (bruit de bière mais la bière est pour les limaces). Bio diversité. Animalcules. Humanités. Lieu expérimental (premier jardin collectif en Belgique à faire pousser des bananes en bac,kiwi nourri au jus de potiron, radis géant …), pièce expérimentale ? Lieu militant, oeuvre militante. Jeux sonores sans conviction (sirène, bruits d’eau, bruits machiniques). Jardin chaotique, avec un K (un peu daté le « K ») : un manifeste, plutôt un chant. Une jungle. L’oreille est prise et n’est plus lâchée. Générique de fin + remerciements.

Les mangeurs de Hérissons
CHOMEL Cabiria
Petits sons, flutes : le voyage, la liberté. Facebook -> monde perdu, « vous ne savez plus préparer le hérisson, vous habitez dans les maisons et vous travaillez ». Générique. Paroles familiales, communauté de ferrailleurs, les rétameurs, les forains, les « barraquis », les gens des barraques, on remonte jusqu’au temps des Chateaux. Les gitans (?), un rôle social. Entre désenchantement et mythologie, entre mode de vie disparu et mémoire cultivée (mémoire qui passe par les noms, titi pour wilfried, Canard). Docu un peu anecdotique, déjà entendu. « d’où venez vous ?; comment vivez vous ? ». « Comment voyez vous le monde ? » . La famille, c’est le + important, garant de la cohésion, rempart contre une modernité qui les envahit (coca cola). Cela aurait été intéressant de les faire parler de ceux qui ont pris leur place, les voyageurs d’aujourd’hui : c’est le sujet que j’attends. Que pensent ils des Roms, des communautés venues de l’est ? Une relève, une concurrence, une copie ? On leur demande de parler d’eux, mais j’aimerais les entendre parler des autres : c’est comme si ils étaient encore une fois ramenés à eux même, à leur propre nostalgie où ils s’étiolent. Ils font partie de nous (si on va dans les fêtes foraines, si on va sur les brocantes) : du coup, l’objet de cette pièce c’est de  comprendre ce que nous pourrions perdre, nous tous, à l’extinction de ce rapport singulier à un mode de vie et à ce qui fait une culture. La recette du hérisson est un régal !!

On air
DAGOSTINO Eric et VIELLE Laurence
prix écriture ? Belle pièce sensible et poétique. Le souffle. Naissance et mort. Collage entre les 2. Collage texte/musique. Récitation à partir du ventre, cheminement de la voix dans le corps et dans l’espace. On aimerait les danseurs, on les guette, on les espère. (Diptyque de Bill Viola, The passing).

J’entends rien
DARMAYAN Céline
La parole aux enfants ! Contrepoint de « tombés du nid » (concours école). Les enfants prennent la parole, prennent le pouvoir : un bain de jouvence ! Le jeu n’est pas qu’une technique, le rire libère ! Un bonheur d’écoute, même quand ça grince (les appareillages en ergotherapie). On doit affronter la vérité : on est handicapé ! Rapport aux autres, à leur propre handicap. Les progrès, les difficultés ! « J’ai des pierres qui me roulent dessus tout le temps ! » Séance de relaxation que l’on peut faire en même temps, c’est gagné ! « Maintenant je marche » La séquence : « j’aime les sons » est sympa.

Los santos
DEBARSY Jeanne
Promesse : sentir les brumes et le monde des esprits. Ecouter et imaginer. Ethno. Dispositif d’interview très classique en ext, avec trad + une narration / journal. Un peuple, une culture. Mais aussi la vie quotidienne au village, le temps partagé, la préparation de la fête des saints. Rôle de la musique, les flûtes. Levi strauss : « En ce siècle où l’homme s’acharne à détruire d’innombrables formes vivantes, après tant de sociétés dont la richesse et la diversité constituaient de temps immémorial le plus clair de son patrimoine, jamais, sans doute, il n’a été plus nécessaire de dire, comme font les mythes, qu’un humanisme bien ordonné ne commence pas par soi-même, mais place le monde avant la vie, la vie avant l’homme, le respect des autres êtres avant l’amour propre ; et que même un séjour de deux ou trois millions d’années sur cette terre, puisque de toute façon il connaîtra un terme, ne saurait servir d’excuse à une espèce quelconque, fût-ce la nôtre, pour se l’approprier comme une chose et s’y conduire sans pudeur et discrétion » Une pièce pudique et discrète, diront les uns. Imperturbable et qui ne perturbe pas beaucoup diront les autres. Belle qualité sonore en tout cas (on entend les gouttes)

Kirkjubaerklaustur
DICENAIRE Sebastien
Forme dialoguée. Les voix. Forme poétique. La nomination. La grammaire tordue, mise en ellipse. Eléments de décor sonore fabriqués par les voix (cabine d’avion, moteur). Chorale poétique et multi directionnelle/déconnante. Mise en abyme qui me gêne (« on en est où là ? » -> exercice de style). Cf mettre ensemble Pennequin, Tarkos, Beckett. Que dire, que faire avant la fin du monde ? Voyage en absurdie. En attendant Godot. etc

Canal Strip
HOWE Sarah Moon
Portrait d’un lieu. Présentation frontale. Parcours de vie, trajectoire « poisson sans eau dans un caniveau » Il y a quelque chose d’autre, se mettre en danger. Les habitantes. Ambiances, Anecdotes (« votre premier strip tease ? » « comment se passe une journée type ? » ). De balayeuse à effeuilleuse, « j’ai peut être réalisé le désir de ma mère ! » : c’est la meilleure ! La playlist des bars à strip tease : musique pas que criarde ! Raymond, le client interviewé par la strip teaseuse : jeu de rôle, jeu de points de vue avec renversement. Pièce amusée, amusante : la nudité (sans sexualité) est encore un masque. Les Rita Mitsouko, j’adore à ce moment là, on sent qu’on est sur quelque chose de précis pour l’auteur, de vécu ?. Ma référence pour « lieu clos + corps », c’est Anders Petersen et le café Lehmitz de Hambourg, ou la boite de Meurtre d’un bookmaker chinois. Allez une dernière anecdote : le client qui meurt dans les toilettes le jour de la rupture : « drôle d’histoire n’est ce pas! ». Rapport au sexe (très très peu, « il ne m’a pas touché » : quel puritanisme affiché !), rapport à l’argent (plus). Façade de séduction, pour une pièce radio un peu en façade. « Scène où se joue Oedipe à l’infini » : dimension du jeu et de la répétition, rien ne se passe, tout est un leurre, comme dans cette pièce. Sans plus.

Radioscopie de la peur
ISTACE Guillaume
« Exposé sur les films d’horreur.Réa plan plan.Extraits + intervenants. »Terreur sonore pure ». Le rôle du son dans ces films de genre : à peine abordé. Trop général. Tourne à la bouillie. Pas au niveau des autres pièces de la sélection. »

Une dernière mise en onde, la mort probablement
KALISZ Richard
Absence apparente d’écriture … mais pour moi sans conteste LE prix écriture (cela pourrait/devrait même être prix Fiction) ! Episode 1 : Une place au cimetière, à Kreiden et ailleurs. Les dispositions pour rituel d’inhumation et achat de concession. L’orthodoxie, les difficultés, les obstacles : Juif et homosexuel. Discrimination. Une place sur la terre. Entre Nani Moretti et Kafka, Préparatifs de Noce à la campagne. « Il n’est pas nécessaire que tu sortes de ta maison. Reste à table et écoute. N’écoute même pas, attends seulement. N’attends même pas, sois absolument silencieux et seul. Le monde viendra s’offrir à toi pour que tu le démasques, il ne peut faire autrement, extasié, il se tordra devant toi. ». Une belle place, au sud. « Reconnaissance d’appartenance ». Episode 2 : le témoin et le dilemme, on doit prendre la place de qqun. Judaisme et universalisme. Visite au cimetière en compagnie par une belle après midi. Le défi à l’orthodoxie. Le metteur en scéne (le metteur en onde) et son acteur (pas dupe, méfiant même mais ami, méfiant parce qu’ami, au delà de tout). Consigne pour la lecture du Kaddish en français. Rires.

Petit T ou comment devenir analphabète
LEWKOWICZ Linda
prix écriture ? « Pour ma maman devenue aphasique » : très monté, très fouillé. Que comprend d’un texte basique (petit T) une audience très diverse touchée par illettrisme ? Une trame d’enquête fleuve sur un problème de société et de culture. Enquête polyphonique qui essaye d’éviter l’écueil socio-culturel. La question n’est pas « comment en finir avec l’illettrisme ? » mais « Comment devenir analphabète ? » avec un double sens assumé : recherche des causes (pauvreté, accident de la vie etc) mais également une valorisation de la situation d’apprentissage, y compris chez les adultes. Thèse : pour réapprendre le monde, commençons par perdre nos habitudes de lecture qui nous font passer trop vite sur le monde et nos contemporains. Les enfants, les adultes au générique. Pro et nuancé. Bonne gestion du format. Mais demander à l’auteur si ma thèse est aussi la sienne ou si j’extrapole/valorise trop ?

Anosmia
LIERMAN Aurélie
Premier prix, largement ! Objet hybride + poème sonore + une Afrique concrète + une humanité concrète + performatif = YES ! Cette Politics Of The Nose est une grande contribution, une oeuvre SOEUR, je serais fier de faire partie du jury qui lui décerne le grand prix ! Ecrit elle aussi ?

palmares monophonic

 

Mange-moi
MATIGNON Marie-Aude
prix écriture ? Promesse : être mangé, englouti par la montagne. « nous misons sur le média radiophonique pour « faire le noir ». La dévoration est noire. C’est une caverne. C’est un système digestif. C’est une peur primale. MANGE-MOI engloutit l’auditeur grâce au média sonore. Narration et mixage. Chant. Disruptions. Pièce dramatique à l’ancienne, avec une vraie profondeur narrative et une direction d’acteur « la cascade, j’ai choisi psychiatrie en l’écoutant » . C’est la seule vraie fiction radio de la sélection. Excellente, seule dans son genre !

Ici comme ailleurs
MONCHOCE Sylvain
Réflexions sur le média. Le sonore compris en rapport au visuel: pourquoi ? Cette réflexion est intéressante, si on travaille le sonore pour destituer le primat du visuel. Image sonore, image mentale. Cinéma sonore. Un peu démonstratif. Et le résultat (suite et imbrications de tableaux et d’ambiances) est à l’avenant. Je dirai : pièce acousmatique qui ne veut pas trop devoir à l’acousmatique, et cherche à s’échapper par « l’intérieur » en en rajoutant. Cette pièce butte sur une difficulté « logistique » : un peu comme les prisonniers qui font des trous dans leur cellule, à un moment donné, la question principale concerne la gestion des déchets qui s’accumulent ? il faut bien les déverser et les réinvestir quelque part : là on a l’impression que ça a été réinvesti dans la pièce même, ça bombarde de tous les cotés !

En quête de terre
RINGOOT Sonia
Parti pris du son (dans ce cas je dirai plutôt audio vs visuel). Thème de la mémoire (cf pièce Gitans) : remontée dans l’ascendance Belge et exploration de la migration flamande en France. J’aime l’idée que l’objet s’impose en cours de route et échappe au projet initial. Mais écoutons s’il s’échappe vraiment, : il semblerait ! Les aléas de l’enquête, « les souvenirs se perdent, les témoins meurent ». « Faut vous dépêcher, ça va se faire rare ». Urgence, course contre la mort et l’oubli ! Quelques trombes sonores… mais cela reste très sage … Hommage au grand père, l’Américain. Les musiques de western. Le père finit par accepter l’invitation de sa fille … beau final où elle lui fait lire le générique : un générique réinvesti par un enjeu, c’est rare ! Happy end pour cette pièce qui procède en négatif. Mais avec un titre pareil : en quête de terre / en quête de père, j’étais déjà un peu ailleurs.

Voyage vers l’inconnu
RUDI Donika
Prix Meilleur son ? Pièce acousmatique qui cette fois doit tout à l’acousmatique et ne déborde pas de son projet, bel et inspiré hommage à Luc Ferrari avec utilisation de sons lui appartenant. Avec « mon » grand prix, seule pièce réécoutée.

Katia
SCHUERMANS Magali
La vie, la mort. La pluie. Coté Confessions intimes dérangeant. Linéarité. Vais-je aller au bout de la ligne ? Finalement non, j’abandonne.

Moi, je parle
VAN ACKER Christine
prix écriture ? Très produit, belle émission « France culture ». Réa plus classique que Petit T. Traversée de la technique, remontée des sons. Un brin de fétichisme (la notice technique, la description). « Le perroquet, ancêtre du magnétophone » : très belle théorie. Les oiseaux, répertoire à thème, réservoir à matière sonore. « Pour moi c’est une voix ». Messiaen, Bernard Fort. Histoire de perroquet. Les oiseaux qui tirent leur nom de leur chant ‘le loriot », « tchip tchap : compteur d’aigu ». L’enregistreur qui déforme ce qu’on lui donne, belle idée. On a appris des choses, on a pris du plaisir à écouter, que demande le peuple !

L’heure bleue
VIDICK Ecaterina
prix écriture/meilleur son ? Insomnie. Série de témoignages, mais une réalisation qui nous propose aussi une traversée jusqu’au petit matin : pièce (presque) performative. Les insomniaques apprennent à aimer « leur » nuit (ils y sont seuls). Plus de choses intéressantes sur les films d’horreur en quelques mots que dans toute l’émission « Radioscopie de la peur » de la même sélection. Belle émission, efficace, dans le sens où la réa parvient à nous faire (re)sentir cette épaisseur de l’insomnie. Palpable, physicalité du son (qui a fait l’accompagnement musical ?). Allez, au dodo ! http://www.monophonic2014.be/

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