Drifting : Une dérive sonore avec Frédéric Mathevet

FRÉDÉRIC MATHEVET

Drifting

Cette sélection de pièces acousmatiques et de performances live de Frédéric Mathevet a été proposée et diffusée à l’invitation de websynradio lors de la 2ème édition de La Radio Parfaite, webradio du Festival du Printemps des arts de Monte Carlo.

0′ – Crisis, chamber music (rock’n roll) extract (live-basse Denis Bernardi-batterie Celio Paillard- clavier +electronic Frederic Mathevet)
Performed by MMLBBQ, exposition PLANK, La maison des ensembles, 30 janvier -23 février, Paris.

La « sémiocratie » et la « médiacratie » en vigueur n’ont de cesse de vouloir domestiquer par la terreur. La « crise », comme les médias l’appellent, est exemplaire à plus d’un titre de la « fictionnalisation » des faits, privilégiant les constructions fantasmatiques servies quotidiennement par le journal télévisé, plutôt que l’analyse.

Crisis est une action libératrice vis-à-vis de la fiction comme dispositif de contrôle. « Crisis » oppose sa « sémiotique plastique », à la fois, centrifuge, généreuse, riche de raccourcis inspirés, de formes en procès, travaillée par un humour en profondeur, à la « sémiotique du capital », figée, centripète, mortifère.

Crisis braconne la « narratologie » de la crise, détourne musicalement les constructions fictionnelles orchestrées par les médias. Documents et graphiques, dans une mise en scène volontiers grossière, sont accumulés et métamorphosés en partitions graphiques. Les musiciens appuient leur jeu sur ces données devenues musicales et organisent la forme de leur performance à partir de la logique fictionnelle de ladite crise. Emprunt, plus-value, dette… seront la grammaire de cette pièce, jusqu’à l’effondrement.

La partition : https://issuu.com/elcordonnier/docs/crisis
Video : https://youtu.be/h7zHMd3PCSY

 

5′ – Mon désert d’encre de chine (acousmatique)

Extrait de l’album Frozen disaster : https://mathevetfrederic.bandcamp.com/album/frozen-disaster

 

10 ‘ – L’île panorama (acousmatique)

Extrait de l’album Frozen disaster : https://mathevetfrederic.bandcamp.com/album/frozen-disaster

 

25′ – The exorcist-Antiphon Dub pour basse, piano préparé, récitant (extract) (Live-cité du cinéma, Saint Denis- Basse Denis Bernardi-Récitant Ivan Magrin-Chagnolleau-piano préparé +électronique Frédéric Mathevet)

Si certains artistes ont pu imaginer un « bruit » industriel pour penser une musique en accord avec leur époque, peut-on envisager aujourd’hui, de la même façon, un « bruit » post-industriel ? Une musique pour un peuple post-industriel et post-capitaliste semble devoir renoncer aux vertus que le « bruit » a pu symboliser dans l’histoire des musiques et des arts sonores récents.

En effet, que reste-t-il de « bruit » dans un monde où le « mickey mousing » s’est généralisé et globalisé ? Comment, dans une société qui compose et qui calibre tous les bruits de son environnement comme une bande sonore, le musicien peut-il espérer écouter et concevoir des « bruits » au premier degré ? Force est de constater que les « bruits » ne sont désormais que des signes interchangeables sur l’axe paradigmatique du grand syntagme sensible post-capitaliste. Il ne peut donc rester de « bruit » que ce son inexplicable, relayé au grenier, par lequel commence tout bon film d’horreur. Un bruit annonciateur d’un désordre diégétique qui a définitivement déserté le sensible clinique de notre société. Le « bruit » à qui on a imposé une forme est simultanément dépossédé de toute sa vigueur « plastique » : à la fois informante, déformante et explosante.

Video : https://youtu.be/MRnhMxc5ghk
lien : http://mathevetfredericscore.blogspot.fr/2014/12/the-exorcist-antiphon-dub.html

 

30′ – vertigo oratorio (acousmatique)

Extrait de l’album Frozen disaster : https://mathevetfrederic.bandcamp.com/album/frozen-disaster

37′ – Let’s eat a golden record (performance sonore et gustative Les Nautes/Nuits Blanches Chant :Hélène Singer/synthetiseur et électronique :Frédéric Mathevet)

Créé pour Les Nautes, Let’s eat a Voyager Golden Record est un environnement sonore, ponctué chaque heure par une performance vocale et gustative. Les plasticiens sonores Hélène Singer et Frédéric Mathevet invitent les visiteurs nocturnes à vivre l’expérience de cette œuvre stellaire et charnelle, s’inspirant du « Voyager Golden Record », disque envoyé dans l’espace en 1977 destiné à d’éventuels extraterrestres. Les artistes jouent ici sur le mot « Golden Record », en reliant ce disque spatial témoin de la vie terrestre, au disque d’or, récompense ultime pour les chanteurs.

Lien : http://mathevetfredericscore.blogspot.fr/2016/11/lets-eat-voyager-golden-recordcum-vox.html
video :https://youtu.be/sMYaGRCwNmY

 

50′ – Shamanic Exude pour bodhràn, scratch et sampleur. (live _ festival le corps dessinant, CNAM. Samples et électroniques Celio Paillard_scratch Matthieu Crimermois_bodhràn Frédéric Mathevet)

Un scratcher manipule deux platines vinyles augmentées. En effet, c’est aussi un télécran dont le dessin projeté entraîne un dialogue avec un percussionniste qui réceptionne une partie du dessin sur la peau son instrument. Le percussionniste interprète les traces, autant qu’il conditionne le dessin du scratcher. C’est une course poursuite à la manière des « Tex Avery », des jeux de portes qui s’ouvrent et qui se ferment, des aller-retour dans la profondeur de champ… jusqu’à l’épuisement.

 

1h00 – BARAS (acousmatique)

Intégralité de l’album Baras : https://mathevetfrederic.bandcamp.com/album/baras

1.-BARAS (Février 2013) 07:15
2.-EMERSON (28 octobre 2013) 07:24
3.-NATIXIS (10 août 2013) 09:16
4.-WILSON (4 août 2015) 00:25
5-ALAZARD 07:17

[Montreuil • France]
« Nous sommes des migrants originaires de l’Afrique de l’Ouest et centrale et, pour la plupart, nous vivions en Libye depuis de nombreuses années… puis la guerre nous a forcé à partir. Aujourd’hui, nous sommes en France pour travailler et nous demandons au préfet de nous régulariser au plus vite ! Les critères imposés par la loi sont beaucoup trop restrictifs sur la régularisation par le travail. Pourtant la plupart des membres du collectif peuvent attester d’une promesse d’embauche et, même souvent, du soutien d’un employeur. Nettoyage, bâtiment, gardiennage, restauration… tous ces secteurs nous exploitent, car nous n’avons actuellement pas de statut. Pour mettre fin à cela, il faut obtenir la régularisation de tous les sans-papiers ! Le Collectif Baras, mot qui signifie “travailleurs” en bambara, est tout autant déterminé à obtenir un toit pour l’ensemble de ses membres. Un squat comme le nôtre n’est pas une solution idéale, c’est une solution par défaut, pour répondre à l’urgence de la situation ! Nous demandons aux autorités de ne pas nous expulser de notre lieu de vie situé au 72 rue René Alazard à Bagnolet – ni celui de nos camarades qui ont obtenu un hébergement provisoire dans des foyers Adoma. Nous avons essayé de trouver d’autres logements, en faisant des demandes officielles qui n’ont rien donné, et en occupant des bâtiments vides, mais à chaque fois, la préfecture nous en a expulsés. » (collectif Baras)

En se basant sur l’histoire du collectif Baras, et après les avoir suivi lors de la manifestation du 13 février, dans un parcours où ces derniers se sont arrêtés, symboliquement, devant tous les endroits dont ils ont été expulsés, Frédéric Mathevet découpé les 20 minutes de sa pièce sonore en fonction du temps passé par les Baras dans les différents squats occupés.

« Les 1 077 120 minutes (de la naissance du collectif à la fête de soutient prévue le 18 mars 2016) ont été ainsi rabattues sur 20 minutes, et tous les événements importants de l’histoire des Baras, les différents procès, les expulsions musclées, mais aussi les fêtes de soutien et les manifestations, ont pu trouver une place et une durée (au pro-rata) dans chacune des 5 parties. Conséquemment, chaque partie porte les noms des lieux du squat et sa durée correspond au temps d’occupation du collectif jusqu’à son expulsion. Chaque événement sonore à l’intérieur de ces durées, chaque variation, correspond à un événement de la vie du collectif.

J’ai donc transformé la narration plus ou moins précise du collectif en surface d’inscription temporelle avec des moments de montage précis. Or, se posaient deux problèmes qui, me semble-t-il, sont complémentaires : où poser son micro quand on suit un tel événement, et comment penser les moments de rupture du montage ?
La réponse à ces deux questions se trouve dans la notion de hors-champs. Enfin de “hors-son” dans le cas d’une pièce sonore. Et le montage sonore n’est pas le montage cinématographique, de la même manière que l’écran du cinéma n’est pas l’espace de projection sonore “immersif” (c’est un mot à la mode qui témoigne à quel point les artistes sonores sont dans le déni des problématiques propres de leur discipline) qui spatialise, au minimum sur un dispositif stéréophonique.

C’est François Laplantine qui m’a aidé à résoudre ce double problème. Je découvre François Laplantine (De tout petits liens, Mille et une nuit), et constate que les liens métis qu’il décrit sont très proches de la bande dessinée et de sa gouttière (l’espace blanc entre les vignettes) qui hante mon travail plastique et sonore.

“Les petits liens métis […] ne se forment pas par simple contiguïté qui ferait simplement coexister ce qui est attenant ou adjacent. On ne parlera dans ce dernier cas que de ‘bon voisinage’. Un quartier dans lequel un groupe étranger peut laisser les uns parfaitement indifférents aux autres […]. Les liens qui nous intéressent ne sont pas des liens de juxtaposition ni même de superposition, c’est-à-dire de simultanéité, mais de successivité.” (p. 199)

Ces liens métis sont affaire de rythme et de formes en mouvement, ce sont des liens plastiques (plastikos) de jonction de flux. Des lieux de métamorphose qui forcent à une auscultation des “cadences des petites flexions”.

Où placer son micro pour saisir ce flux, pour l’attraper, le laisser filer et lui donner d’autres lignes de fuite ? “Entre le trop loin (l’indifférence) et le trop près (l’identification).” (p.45)

Ne pas réduire l’enregistrement au champ du micro (si on peut dire), ce qui reviendrait à faire un reportage sur cet événement précis (“La manifestation du 13 février 2016”) et qui aurait alors fonctionné comme un “cache”. C’est-à-dire, que l’événement aurait caché l’ensemble du hors-champ de cette manifestation : les questions réelles que nous devons nous poser quant aux vieilles notions de frontières et de territoires. Notamment quand ces mêmes notions n’existent plus quand il s’agit de commerce et main-d’œuvre bon marché : les questions relevant des enjeux géopolitiques unilatéraux qui nourrissent des conflits locaux et imposent des migrations. » (Frédéric Mathevet)

 

1H30 – Sono ba sono ba #2 : L’appartement de mon père//L’appartement de ma mère pour piano, basse et field recording.

Sono Ba Sono Ba est un work in progress, une auscultation circonstancielle de lieu et d’espace (ici L’Appartement de mon père et L’Appartement de ma mère) à partir de prise de son et de micro-installation de poche. Photographies et enregistrements sont réagencés dans une forme d’installation sonore et visuelle qui propose aux performeurs de réinterpréter ces espaces et ces lieux.

Photographies et partitions : http://mathevetfredericscore.blogspot.fr/2016/11/sono-ba-sono-ba-2-lappartement-de-mon.html

 

ECOUTER
Première écoute : à partir du jeudi 14 juin 20h jusqu’au 27 juin 2018 même horaire.

websynradio stream

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ÉLÉMENTS

Frédéric Mathevet
Plasticien, compositeur, artiste sonore (les désireux d’étiquette auront le choix).
« Rien n’est écrit dans le marbre !» : tel est le leitmotiv qui parcourt le travail artistique de Frédéric Mathevet. Dessins, matières sonores et signes se chahutent dans l’atelier. L’œuvre, qui ne peut alors être que nomade, devient un espace centrifuge de métamorphoses, de confrontations et de contaminations. Couture, métissage et rhapsodie sont les gestes poétiques privilégiés de ce méta-atelier auscultant notre « grand cluster vivant ». Musiques vagabondes, installations sauvages (mais qui respectent leur milieu), dessins et écritures au diapason d’un présent comme il tombe, attaquent à la face puis esquivent par retrait du corps ; la mémoire collective, l’identité et l’uniformisation mondiales promues par une loi de marché globalisante et toutes les sémiocraties en vigueur escampent ! Les œuvres de Frédéric Mathevet veulent remettre sur le chantier notre façon d’habiter le monde. Parce qu’un autre monde sensible est possible. Plasticien sonore ouvert à tout polymorphisme, à toute mutabilité, il se définit lui-même comme un « bricoleur » enchevêtrant les supports qu’ils soient numériques, picturaux ou sonores, comme le vecteur d’un langage plastique indocile, autrement dit, qui « résiste à l’apprentissage des signes et remet sans arrêt l’arbitrarité et l’inégalité des signes qui construisent le réel ».
Frédéric Mathevet a notamment publié Deux anuels d’arts plastiques, dont le second numéro est consacré au cas particulier de la musique (http://manueldartsplastiques2.lautremusique.net/) et a participé à de nombreuses expositions à Paris, Montreuil, Toulouse, Londres (The engine room, Morley Gallery), Athens, Leeds (International festival for artistic innovation), Aberdeen, Madrid. Il y a donné plusieurs performances multimédias sonores et visuelles dont Faire la peau 2 pour un bodhràn (Le Musée National Marc Chagall, La Ferme du Buisson), Rec-u-Aime pour un violoncelle, une mezzo-soprano et une tricoteuse (La Ferme du Buisson, Le Château de Plaisir), Once Upon A Time Fukushima pour saxophone baryton (Petit Bain, Divan du monde, Espace Khiasma), The Exorcist-Antiphon Dub pour récitant, piano préparé et basse (Cité du Cinéma), Forbiden Colors (Throught a body) pour 3 X-ray vinyls au Cube (Le Cube, Centre de Création numérique), Maqam pour Oud et électronique ( festival SonADA, Ecosse), Shamanic Exsude pour Bodhràn, électronique et scratch (Musée des Arts et Métiers).
Création en Juin 2018 pour France Culture / Creation on air / de la pièce radiophonique The Hanging Garden
Il est chercheur associé à l’institut ACTE (UMR 8218) à Paris I (CNRS). Docteur es arts et agrégé d’arts plastiques, il est co-rédacteur en chef de la revue en ligne L’Autre musique et du laboratoire du même nom qui entremêle chercheurs et praticiens. lautremusique.net
http://mathevetfrederic.flavors.me/

liens amis 
Célio Paillard :
http://www.bulb.fr/pages/creation/creation.html

Matthieu Crimermois :
http://matthieucrimersmois.wixsite.com/mattcrime

Hélène Singer :
http://www.helenesinger.net/

L’Autre musique le revue scientifique et artistique des arts sonores (et pas que!) indocile :
http://lautremusique.net/

 

 

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